Jean Jouzel, la vigie du climat

Jean Jouzel

Né à Janzé (Ille-et-Vilaine) en 1947, Jean Jouzel est devenu l’un des climatologues et glaciologues les plus connus au monde. Honoré de nombreux prix (médaillé d’or du CNRS en 2002, prix Nobel de la paix en 2007 avec le Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat…), il nous propose son analyse du réchauffement climatique. Entretien.

Jean Jouzel, le réchauffement climatique est-il déjà perceptible ?

Oui. En Bretagne, le réchauffement observé depuis une cinquantaine d’années est supérieur à 1°C. Les hivers « rigoureux »  des années récentes n’ont rien à voir avec ceux que j’ai connus dans les années soixante.

Les conséquences de ce réchauffement seront visibles à quelle échéance ?

Certaines le sont déjà. Le niveau de la mer s’est élevé de près de 20 cm depuis le début du 20e siècle. Les surfaces enneigées ou couvertes de glace ont diminué ainsi que le volume de la plupart des glaciers. La végétation est devenue plus précoce…

Et s’il devenait très important, de 3, 4 voire 5 degrés ?

Cela impliquerait des vagues de chaleur à répétition, moins de précipitations là où il y en a déjà peu, le risque de disparition de certains glaciers, une hausse du niveau de la mer jusqu’à 80 centimètres d’ici la fin du siècle… Les écosystèmes naturels auront du mal à s’adapter, la perte de biodiversité s’accélérera, les océans deviendront plus acides. Il y aura des conséquences sur l’agriculture, la pêche, la sylviculture et plus généralement sur tous les secteurs d’activité. Il y a un risque d’intensification des extrêmes, plus d’inondations dans certaines régions, de sécheresses dans d’autres. Nous restons très prudents sur l’évolution des tempêtes dans nos régions.

Que peut-on faire pour limiter ce réchauffement ? Quelle ambition raisonnable pouvons-nous afficher ?

Tous les pays ont adhéré à l’objectif de limiter le réchauffement lié aux activités humaines à 2°C par rapport à la période pré-industrielle. Respecter cet objectif implique, qu’au rythme actuel, nous n’aurions plus le droit qu’à une trentaine d’années d’émissions. Cela signifie une décroissance rapide des émissions de gaz carbonique et autres gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d’azote,…) : il faudrait que leurs émissions se stabilisent rapidement, qu’elles soient divisées par 3 en 2050 par rapport à 2020 et qu’elles continuent à diminuer par la suite.

La question de la consommation des énergies est bien sûr centrale. Comment pourrait-on consommer moins d’énergie sans nuire aux niveaux de vie des populations  ?

Efficacité énergétique et sobriété devraient permettre de diminuer notre consommation en énergie sans nuire à notre développement économique, au contraire… C’est une des conclusions du récent débat national sur la transition énergétique.

Quelles sont les orientations techniquement possibles qui pourraient nous aider à émettre moins de carbone ?

Il faut en premier lieu s’attaquer à l’utilisation des combustibles fossiles qui contribuent actuellement pour près des ¾ de l’augmentation de l’effet de serre mais on doit également s’intéresser aux autres gaz dont les émissions sont, pour partie, liées aux pratiques agricoles.

Comment les sociétés ayant changé de mode de développement pourraient-elles devenir économiquement gagnantes ?

Aller vers une société sobre en carbone offre d’indéniables possibilités en termes de recherche, d’innovations technologiques et de créations d’emplois largement non délocalisables.

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énergétique et
sobriété devraient permettre de
diminuer notre consommation
en énergie sans nuire à notre
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Une conférence sur le climat organisée à Paris en 2015

L’objectif affiché est de mettre sur pied un accord qui, à partir de 2020, impliquera tous les pays de la planète dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais il faut également être plus ambitieux d’ici 2020 de façon à ce que l’objectif d’un réchauffement n’excédant pas 2°C puisse être respecté.