Pascal Jaouen

«  Une Bretagne belle et majestueuse »

Originaire de Bannalec, Pascal Jaouen s’est fait un nom dans le gotha de la haute couture. À l’occasion de la création de sa 4e collection, il nous parle de son parcours au cœur de l’univers de la broderie, et des savoirs qu’il transmet grâce à son école aujourd’hui implantée dans plusieurs villes bretonnes. Entretien avec un artiste.

Vous êtes tombé amoureux de la broderie vers l’âge de 18 ans. Où et comment avez-vous collecté les motifs et les techniques absents des ouvrages spécialisés car transmis oralement ?

J’ai toujours fait partie d’un groupe traditionnel celtique, et très tôt j’ai porté attention au motif brodé sur les costumes. J’ai aussi fait très attention aux modes vestimentaires portées en Bretagne et notamment en Basse Bretagne. Les points les moins inventoriés figurent sur les costumes datant de 1870 aux années 1900, où à l’époque la broderie était faite au fil de soie, ainsi qu’avec de petites perles et paillettes.

Vous vous inspirez de thèmes traditionnels, auxquels vous ajouter votre créativité contemporaine. La broderie est un art qui évolue ?

Dans les trois Bros, Pays de l’Aven, Pays Glazig, Pays Bigouden, un inventaire approfondi a été fait par l’école de broderie en défaisant certaines pièces et en regardant, à la loupe, et aussi au microscope, les techniques des points. L’école a une collection importante de pièces traditionnelles, mais aussi des dessins de vieilles merceries. La Bretagne est très riche en modes vestimentaires. 1 200 modes qui ont évolué vers la mode parisienne. Les techniques ont suivi, notamment avec la venue de la perle au début des années 1900. Dans la région de Quimper et de Quimperlé, sur le costume des femmes, cette broderie évolue encore aujourd’hui avec la venue de nouveaux fils synthétiques fluorescents et fils métalliques.

Votre école de broderie d’art a été créée à Quimper en 1995. Dans combien de villes est elle implantée aujourd’hui ?

L’entreprise a été créée en 1995 avec sept écoles. En 2013, 25 écoles étaient créées et de nombreux stages étaient organisés dans des villes importantes en France et  à l’étranger : Canada, Belgique, Roumanie… L’année 2014 a vu la création de cinq nouvelles écoles, à Paimpol, Crozon, Lorient, Concarneau et Paris, plus une exposition à Quimper.

Quelles sont les techniques qui y sont enseignées ?

Les techniques de broderies sont nombreuses. La Bretagne n’a pas de techniques propres mais à un style « celtique ». Les techniques que l’école enseigne sont le Richelieu, la broderie blanche dite « des Vosges ou de Touraine », le passé empiétant, broderies venues d’Asie où elle fait son apparition sur le costume des hommes du pays de Vannes. Le « perlage », technique à l’aiguille, mais aussi au crochet de Lunéville, qui est utilisé en broderie dite de haute couture.

Combien de temps faut-il pour maitriser une technique ? L’école est-elle accessible à tout le monde ?

L’École est accessible à tout le monde de 8 à 80 ans et plus. Mon but : que cette école soit un lieu où aucun élitisme ne soit présent, que l’on soit riche ou de milieux sociaux différents, voilà pourquoi nos écoles sont ouvertes dans les campagnes et les villes. Elles fonctionnent trimestriellement au prix de 150 €, toutes fournitures comprises, avec un programme différent chaque trimestre. Ce programme est établi dès le mois de juin pour la rentrée de septembre de la même année. Un trimestre est nécessaire pour réaliser la pièce d’étude. Cet apprentissage demande patience et persévérance pour acquérir de la régularité et de la beauté ; ce métier fait partie des métiers d’art.

En transmettant ces savoirs, vous contribuez à préserver une partie du patrimoine finistérien…

Le but de la création de l’école de broderie d’Art de Quimper a été pour moi de préserver, de transmettre et de faire évoluer la broderie en Finistère, en Bretagne, mais aussi dans le monde.

Aujourd’hui 2 300 élèves suivent les cours ou stages de broderie et l’entreprise est hautement qualifiée. Yann Lagoutte, un de nos enseignants est d’ailleurs « meilleur ouvrier de France ».

Votre 4e collection « Gwenn-ha-du », s’inspire du drapeau breton. Pourquoi cette célébration ?

La collection est inspirée du Gwenn-ha-du parce que ce drapeau appartient aux Bretons de cœur et de sang mais il est l’élément qui unit le peuple breton. Dans les manifestations culturelles sportives et dans les manifestations de lutte que l’on parle ou pas le breton, il est là et il est très important pour moi. Cette collection, je veux lui donner une autre note avec le Gwenn-ha-du : de la beauté avec les tissus moirés, soie, mousseline de soie, draps et le rendre magnifique avec cette broderie faite de pierres de cristal, de verre, de fils d’argent, perles de jais et fils de soie. Une Bretagne belle et majestueuse et actuelle telle que je la vois aujourd’hui en 2014, et cela depuis 45 ans.

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La Bretagne n’a pas de techniques propres mais à un style « celtique ».

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