Emmanuelle Legault : chef d’entreprise innovante

e-acteurs

mmanuelle Legault a développé l’entreprise familiale de fabrication de portails et de clôtures installée à Locronan, passant, en huit ans, de 100 à 300 salariés.

Quel moment de votre carrière et pourquoi avez-vous repris l’entreprise familiale, Cadiou industrie, créée par votre père en 1973 ?

J’avais 30 ans, j’étais enceinte de 6 mois de ma dernière fille, j’étais cadre dans une entreprise informatique. Et mon père m’a dit : « Ça y est, c’est le moment, j’ai envie de transmettre. J’ai fait mon match. Si tu veux revenir, c’est maintenant ». Trois ans avant son départ je suis revenue dans l’entreprise. J’y avais fait mon apprentissage, je la connaissais bien. J’étais mûre et j’avais envie de continuer l’aventure.

Pour vous, était-ce une évidence ?

Je me suis beaucoup posé la question. Mes parents ont eu de grandes victoires, mais ils ont aussi connu des difficultés très importantes dans leur carrière de chef d’entreprise. Et puis au départ, je voulais être cadre dans un grand groupe. Paris, Nantes, l’export… Mais je me suis vite ennuyée. Je voulais créer, innover, j’aime aussi étonner. Être chef d’entreprise, c’est d’abord être créatif. Et les femmes sont créatives.

Vous avez transformé cette PME familiale en entreprise de taille intermédiaire (ETI). Quels sont les avantages de cette dimension ?

La structure, sur nos fonds propres, est beaucoup plus solide. Ça permet d’investir, d’avoir des partenaires de confiance. Pour recruter les cadres supérieurs également, c’est plus facile avec cette taille d’entreprise.  L’ETI nous permet surtout d’investir. Nous sommes très soutenus par la Banque publique d’investissement (BPI). C’est elle qui nous a classés en ETI d’excellence.

L’innovation est au cœur de votre développement. Lesquelles avez-vous ajoutées à celles de votre père ?

Mon père était très innovant. C’était une innovation très stratégique : il innovait dans la fonction du produit. Il a créé des produits qui n’existaient pas avant lui. Aujourd’hui, nous innovons en stratégie tactique. Ce n’est plus de l’innovation de rupture, on innove sur le design, sur le confort de l’utilisateur, sur la motorisation, sur les couleurs, sur le service que l’on apporte à nos distributeurs. Il faut pour cela être très agile, très réactif au marché. Mais c’est une innovation qui compte. Et elle est moins risquée que l’innovation de rupture, avec laquelle on prend des risques, en achetant par exemple de nouvelles machines. Là, on peut tout perdre…

Vous avez adopté le lean management chez Cadiou industrie. Cela consiste en quoi ?

Le mot lean, en anglais : juste ce qu’il faut. Être mince en fait.  En entreprise, c’est utiliser la bonne matière au bon moment. Et créer de la vraie valeur ajoutée perçue par le client. Il est ainsi préférable d’acquérir de petites machines spécifiques extrêmement bien utilisées, que d’acheter des machines polyvalentes… mais qui n’apportent que peu de valeur ajoutée au client.

Les salariés ont adhéré facilement ?

Oui. Tout de suite. Intégrer le lean nécessite beaucoup de pédagogie. Nous avons investi énormément dans la formation de nos salariés. Il fallait expliquer les nouvelles méthodes de travail. Aujourd’hui, notre objectif est de réduire les encours, réduire les manutentions, réduire le temps de passage de la pièce dans l’atelier pour garantir un délai plus court au client. C’est toute une réorganisation autour du client final. On tire le produit dans le flux de la logistique client, jusqu’à la matière première. Avant, on était en flux poussé, c’était la matière première qui dirigeait l’entreprise. Maintenant c’est l’inverse, on tire la matière dans l’usine.

Des projets ?

Développer le service client. Améliorer encore la logistique autour de lui. Il faut que nous soyons un palace cinq étoiles pour nos clients ! Un contact facile, des délais très courts et de la précision dans la livraison.

exergue-jaune1

Être chef
d’entreprise,
c’est d’abord
être créatif

exergue-jaune2

Emmanuelle LEGAULT

Cadiou industrie en chiffres

• 300 salariés à l’année

• 38 millions d’euros de chiffre d’affaire

• 2 millions d’euros de nouveaux investissements en 2015