Gilles Bœuf : « L’eau, le fondement de la vie ! »

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Conseiller scientifique pour l’environnement, la biodiversité et le climat au ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Gilles Bœuf était l’un des principaux intervenants du colloque national « Réparer la nature ? L’exemple des zones humides » organisé à Brest les 3 et 4 février derniers. Entretien.

Qu’est-ce qu’une zone humide ?

C’est une zone qui retient de l’eau. Cette eau peut être douce, saumâtre, salée. L’eau, c’est le fondement de la vie.  Je raconte toujours qu’il n’y a pas un être vivant qui ne soit pas fait d’eau ; toutes les cellules vivantes sont faites d’eau, donc cette eau est fondamentale. Il n’y aurait pas de vie sur Terre sans eau liquide. Les zones humides sont donc absolument essentielles au bon fonctionnement du système. Dans le passé, les zones humides étaient plutôt attachées à des idées délétères. Et on les a éliminées, éliminées… on se rend compte aujourd’hui qu’on ne peut pas s’en passer… Elles sont vitales !

Le Finistère est emblématique puisque près de 10 % de sa surface est constituée de zones humides…

Oui, et il faut surtout les préserver. Mieux vaut prévenir que guérir. Gardons celles qui sont encore là, plutôt que d’imaginer à terme de vouloir les restaurer. On crée une nouvelle loi en France qui s’appelle la reconquête de la biodiversité de la nature et des paysages, notamment les zones humides. Si une reconquête existe, c’est qu’on admet qu’on les a abimées… Donc préserver et ne pas détruire, parce qu’on n’arrive jamais à faire aussi bien qu’avant. Reconstituer un système, si on y parvient, coûte cent fois plus cher que de ne pas le détruire.

Nous avons de belles tourbières, notamment dans les monts d’Arrée. A quoi servent-elles dans le cycle de l’eau ?

C’est essentiellement une fonction de rétention d’eau. Lorsqu’il pleut, elles stockent de l’eau comme une éponge. Lorsqu’il ne pleut plus, elles la restituent tout doucement. C’est là que le drainage est dramatique dans ces zones, parce que quand il pleut, c’est la grande inondation. Quand il ne pleut plus, c’est la sécheresse. Les tourbières ont un rôle fondamental. Sans oublier le rôle d’ « ingénierie du sol ». On trouve dans la tourbe des êtres vivants très particuliers. La Bretagne se doit de préserver ces zones vitales.

Les menaces pèsent-elles toujours aujourd’hui ?

Le drainage inconsidéré, voire la destruction pure et simple. La population augmente, il faut produire plus. Mais il ne faut pas aller vers une augmentation indéfinie des surfaces agricoles. Il ne faut pas que ce soit au détriment des zones humides, qui passent alors à la trappe, même avant les forêts.

On a coutume de dire que ces zones humides travaillent pour nous…

C’est ce que l’on appelle les services rendus par les écosystèmes. Ce sont les fonctions des zones humides. Elles sont essentielles.  C’est Levi-Strauss qui disait : « En fait, je ne comprends pas ces humains qui se multiplient à l’infini et qui sont en train de détruire l’espace dont ils ont besoin, l’air pur dont ils ont besoin, et l’eau pure dont ils ont besoin…» Et les zones humides y contribuent énormément. Il faut les considérer d’un autre œil, pas comme des systèmes qui ne « servent à rien », ça n’a pas de sens. La nature n’a pas inventé des choses pour aider les humains. De même qu’il n’y a pas d’espèces nuisibles ou utiles, ça me fait rigoler ! La nature n’a pas fait des trucs pour embêter les humains, qui naîtront 3 millions d’années plus tard. Il faut arrêter cette arrogance.

Les politiques nationales, régionales, départementales et locales doivent assurer une protection de ces zones. Chaque citoyen peut-il apporter une pierre à l’édifice ?

Oui, c’est important. Pierre Rabhi, quand il parle de « l’effet colibri »  » : les colibris, avec chacun leur goutte d’eau qui éteignent l’incendie… Il faut vraiment un effort collectif. Pour cela, je crois beaucoup au monde associatif. Chacun peut et doit participer. Il faut se regrouper pour le bien de l’action publique.

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La Bretagne se doit de préserver ces zones vitales

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Gilles Boeuf

Une cellule d’animation sur les milieux aquatiques

Créée en 2008 par le Conseil départemental du Finistère, la cellule d’animation sur les milieux aquatiques (CAMA)  assure un rôle d’animation, de coordination et d’accompagnement technique auprès des collectivités et des associations. Pour les milieux humides, cette mission se fait en partenariat avec le Forum des Marais Atlantiques.

Plus d’information sur www.zoneshumides29.fr