Le « taureau rayonnant » du Rocher de l’Impératrice

Une découverte archéologique majeure à Plougastel-Daoulas

Les fouilles archéologiques menées depuis 2013 au Rocher de l’Impératrice à Plougastel-Daoulas sont à l’origine d’une découverte majeure : plusieurs dizaines de fragment de schistes gravés, dont deux pièces principales représentant des chevaux et têtes d’aurochs. Un témoignage vieux de 14 000 ans, inédit en Bretagne et très rare en Europe pour cette période de la fin du Paléolithique. Il aura fallu attendre une trentaine d’années entre la découverte du site par Michel Le Goffic, l’ancien archéologue départemental, et sa fouille, rendue possible par l’acquisition de ce terrain par le Conseil départemental du Finistère.

La fouille, menée depuis 2013 dans cet abri sous roche du Rocher de l’Impératrice par Nicolas Naudinot, enseignant-chercheur préhistorien (Université Côte d’Azur, CNRS, Cepam) a permis d’exhumer de très nombreux outils de silex et des déchets résultant de la fabrication et de l’entretien de ces pièces. On trouve ainsi de nombreuses pointes de projectiles destinées à armer des flèches, de couteaux fréquemment raffutés, ou encore des burins permettant de racler ou graver différents matériaux durs. « Il semblerait que l’abri sous roche du Rocher de l’impératrice ait été occupé par de petits groupes de personnes durant de courtes périodes essentiellement dans l’optique de mener des opérations de chasse dans la vallée », explique Nicolas Naudinot. Cet abri d’environ 10 mètres de long a ainsi été occupé il y a environ 14 500 ans, une période où l’océan est alors plus bas de près de 90 mètres, et l’actuelle rade de Brest une grande plaine parsemée de bosquets de genévriers et de pins, parcourue par les vallées de l’Aulne et de l’Elorn. De grands espaces de type steppe qui abritaient des aurochs, des chevaux ou encore des cerfs.

Les premiers témoignages artistiques du Finistère

Mais les chasseurs-cueilleurs de cette période dite « azilienne » n’ont pas laissé derrière eux que des outils ou des armes. « Le site a en effet livré aussi des témoignages inédits en Bretagne et très rares pour cette période en Europe, sous la forme de plaquettes de schistes gravées, constituant les plus anciens témoignages artistiques de Bretagne », précise le chercheur. Si les plaquettes les moins  fragmentées présentent parfois des registres abstraits (hachures, quadrillages, zigs-zags…), d’autres montrent des représentations naturalistes très figuratives de chevaux ou d’aurochs. Un de ces aurochs est entouré de grands rayons qui en font une figure unique pour la Préhistoire.

« Des traces de charbon de bois ont été identifiées sur plusieurs plaquettes et suggèrent que ces supports étaient peints » précise le chercheur. Les rayons ont été gravés après la tête de l’animal, et celui qui a effectué le dessin est repassé sur les cornes pour que l’auroch apparaisse bien au premier plan », souligne Nicolas Naudinot. Un témoignage artistique particulièrement rare en Europe. Cet intervalle chronologique se situe entre la grande tradition de l’art figuratif du Magdalénien (Lascaux, Altamira, Niaux…) et le développement encore mystérieux d’art géométrique très abstrait sur petits galets au cours de l’Azilien. Le Rocher de l’Impératrice joue ainsi un rôle de chaînon manquant et vient combler un important hiatus dans notre connaissance du Paléolithique supérieur européen. »

Ainsi, pour la présence de cet art gravé, mais aussi pour sa capacité à nous renseigner sur ces premières sociétés aziliennes encore mal connues, le Rocher de l’Impératrice constitue aujourd’hui un site clef. Mais il fait aussi l’objet de grandes menaces puisqu’il a subi de nombreux pillages venant mettre en péril ce patrimoine finistérien. Grâce au soutien financier concerté du Conseil départemental du Finistère, de la DRAC-SRA Bretagne*, il a aujourd’hui été possible de protéger ce site afin de poursuivre les recherches dans de bonnes conditions et valoriser auprès du public les traces laissées par nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, il y a 145 siècles.

• Direction régionale des affaires culturelles – Service régional de l’archéologie Bretagne

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Le Rocher de l’Impératrice constitue aujourd’hui un site clef

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La période azilienne

Comme toutes les sociétés « paléolithiques », les hommes et les femmes de l’Azilien sont des chasseurs-cueilleurs nomades. Les différentes cultures paléolithiques sont individualisées selon leur culture matérielle (leur équipement, notamment en pierre, mais aussi et surtout les méthodes utilisées pour produire ces outils). L’Azilien contraste avec le Magdalénien qui lui précède par plusieurs points : simplification importante des méthodes de production des outils de pierre, généralisation de l’usage de l’arc, disparition de l’art figuratif et pariétal, développement d’un art géométrique peint et surtout gravé sur galets. Le passage du Magdalénien à l’Azilien n’est cependant pas aussi brutal que ce que l’on pensait. Ces changements sont très progressifs et le site finistérien du Rocher de l’Impératrice permet de renseigner le moment de cette transition et ainsi de mieux comprendre les modalités de ces transformations, en évaluant notamment le rôle des importants changements environnementaux qui rythment cette période.